Par Christian Hubert, administrateur APFJS
J’ai horreur de dire «dans le temps, c’était mieux», ça fait vieux ! Il faut pourtant bien se rendre à une évidence : pour les journalistes et plus particulièrement les journalistes sportifs, c’est sûr que c’était mieux avant. Leur profession était en tout cas bien mieux considérée.
D’abord, le scoop a disparu. Certes, cette exclusivité flattait surtout notre ego et n’augmentait guère les ventes de nos journaux, il est vrai bien plus spectaculaires à l’époque, tous titres confondus. Mais la chasse à l’information exclusive était une motivation supplémentaire. Aujourd’hui, une info importante est systématiquement diffusée en breaking news sur le net, reprise dans la minute qui suit par toute la concurrence.
Ensuite, les commentaires des grands événements, et même des plus petits, sont confiés à des anciennes gloires de la discipline qui n’ont rien à voir avec notre profession et souvent le rôle du journaliste se résume à passer les plats de ces consultants. «Propos recueillis par...». Jadis, c’était l’avis du journaliste qui faisait foi et ici également, ça flattait notre égo, mais il s’agit tout simplement de notre métier !
Ensuite aussi, le travail du journaliste est désormais encadré, que dis-je, cadenassé. Comment penser le contraire quand un reporter doit soumettre quasi systématiquement son interview pour accord au responsable de la communication de celui qu’il a interrogé. Inimaginable et même saugrenu pour la génération précédente. Mais on n’a plus le choix : c’est comme ça ou pas d’interview.
Enfin, le pire mais absolument inévitable : ce sont les médias sociaux (terme absolument inapproprié dans ce cas) qui font l’événement. Les sportifs médiatisés ne communiquent plus que sur leurs réseaux ou par podcasts. Deux exemples récents et significatifs concernant notre équipe nationale: il y a quelques mois, Romelu Lukaku, d’ordinaire si peu disert face à la presse, expliquait en long et en large avoir perdu sa flamme pour l’équipe nationale. Ce n’est pas rien mais ces mots retentissants n’ont été prononcés ni en conférence de presse, ni en tête à tête avec un journaliste mais confiés à un… podcast, «Friends of sports». Plus récemment, c’est par le podcast «Midmid» et non par les vrais médias que Koen Casteels a fait savoir qu’il abandonnait les Diables rouges…
C’est évidemment le droit le plus strict de Big Rom et du gardien de Al-Qadslah de s’exprimer où ils veulent mais c’est le nôtre de penser que, comme la plupart de leurs collègues, ils font fausse route en ignorant que sans la presse, ces stars n’existeraient pas. Même si… ça fait vieux !
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