Les footballeurs plus puissants que le président de la République ?

par Christian Hubert, trésorier de Sportspress.be

Je suis  toujours surpris d’entendre les jeunes confrères expliquer qu’ils soumettent quasi systématiquement leurs interviews pour relecture à l’interviewé ou à son responsable de la communication. En 45 ans de carrière, ça ne me serait jamais venu à l’idée et on ne me m’a d’ailleurs jamais demandé sauf dans un seul cas, lors du procès Dutroux où je faisais parler le procureur du Roi lors d’une interview exclusive. Chaque mot était important et c’était mon choix de le faire relire pour être sûr de ne pas commettre d’impair qui aurait pu compromettre le déroulement du procès. Quand je m’étonne  de ce passage obligé aujourd’hui dans le monde du journalisme sportif, les confrères répondent systématiquement : « C’est très simple, aujourd’hui, pas de relecture par l’intéressé, plus d’interview ! » Je pensais à cela en lisant le fameux livre de Gérard Davet et Francis Lhomme « Un Président ne devrait pas dire ça ! » Assurément le bouquin politique le plus important et le plus retentissant de l’année dernière qui ne fut pas pour rien dans la chute de François Hollande.
En préface de cet ouvrage, les deux journalistes du Monde expliquent ceci : « L’instant tant redouté a fini par survenir. Nous venions d’annoncer à François Hollande que nous étions arrivés au terme de notre projet éditorial.  Soudain, il nous a lancé : « je crois qu’il faut se mettre d’accord sur les citations dans le livre. » Il fallait  s’y attendre, l’immense majorité des personnalités publiques  fonctionnent ainsi désormais. Lorsqu’elles acceptent d’être citées, elles exigent en contrepartie de pouvoir relire et donc de corriger leurs déclarations avant publication. Langue de bois garantie évidemment. Sans aucune valeur donc. Avec François Hollande, nous avions été très clairs, nous ne fonctionnons pas ainsi. Lorsqu’un responsable public s’exprime, il assume.  Mais on se doutait bien qu’il avait oublié. Ou alors, il n’y a avait pas vraiment cru. On ne fait jamais relire, on ne cite jamais de propos off. Il a fallu le lui rappeler.  Et nous avons ajouté que si on le lui faisait relire, ce serait totalement décrédibilisant pour lui et pour nous. Tout juste nous autoriserions nous à corriger ses quelques fautes de syntaxe et autres maladresses d’expression. Le président de la République, c’est tout à son honneur, n’a pas insisté. De toute façon,  c’était non négociable. »
Simple question : ce qu’il est possible d’obtenir d’un Président de la République ne pourrait-il pas l’être d’un entraîneur ou d’un joueur de football ?

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